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Atlas historiques

Auteur: Joseph-Claude POULIN (2015)

Que les historiens doivent inscrire leurs objets d’étude avec précision dans la durée est une exigence du métier qui paraît toute naturelle. Toutefois, elle ne doit pas faire oublier un autre besoin, symétrique : la localisation dans l’espace. Sans en faire une priorité au même titre que les géographes, les historiens doivent eux aussi replacer les phénomènes ou processus historiques dans l’espace qui leur est propre, sous peine de laisser échapper un élément important de leur identité. À cette fin, historiens et cartographes se sont attelés depuis longtemps à la tâche de fabriquer des instruments de travail appropriés : les atlas historiques.

Pour en savoir plus sur les atlas
  • Jeremy M. Black, « Mapping the Past : Historical Atlases », dans : Orbis (Leuven), 47 :2 (2003), p. 277-293.
  • Gerald A. Danzer, « Understanding History through Maps : An Introduction for Students », dans : America’s History. I- To 877 (dir. James A. Henretta et alii). Boston / New York, Bedford/St. Martin’s, 5e éd. 2004, p. XIII-XXV
  • Jean-Robert Pitte, « La géographie au service de l’histoire », dans : Hypothèses, 5 (2002), p. 75-78.
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La réalisation de telles publications spécialisées est étroitement tributaire des conceptions de l’histoire de leurs auteurs : de la cartographie de l’histoire nationale à celle de l’histoire mondiale, de l’histoire politico-militaire aux phénomènes de civilisation les plus variés, tous les genres d’atlas existent.

Depuis quelques décennies, les atlas historiques ont connu des transformations progressives, qui vont maintenant s’accentuant. À partir d’une tradition bien établie de regroupement de cartes, et rien d’autre, sinon un index des noms de lieu (pour les meilleurs d’entre eux), on a vu y prendre place des textes de plus en plus longs, qui vont du simple commentaire de carte au résumé historique plus ou moins étoffé. Les plus riches sont porteurs de graphiques (histogrammes, camemberts, cercles concentriques, etc.), de chronologies commentées et d’une iconographie supplémentaire (paysages, monuments, artefacts divers) dont l’apparition reflète pour une part l’enrichissement de la notion de source chez les historiens. À la limite, de tels atlas (dits « scripto-visuels ») en viennent à se rapprocher du statut d’encyclopédie, à ceci près que les exposés discursifs ne sont pas rangés sous des mots-clés classés par ordre alphabétique. Cette évolution se traduit d’ailleurs par l’apparition de nouveaux intitulés, comme Atlas encyclopédique de … ou Illustrated Atlas of… On en vient parfois à publier sous le nom d’« atlas » des ouvrages imposants quasi dépourvus de cartes.

Quatre exemples achevés d’atlas quasi dépourvus de cartes
  • Nevio Degrassi et Cesare Saletti dir. Le grand atlas de la Grèce antique. Issy-les-Moulineaux, Éd. Glénat, 2e éd. 2001, 400 p.; ouvrage de vulgarisation richement illustré, mais sans aucune carte.
  • Odile Wattel. Petit atlas historique de l’Antiquité romaine. Paris, A. Colin, 2e éd. rev. 2000, 175 p.; en fait, un recueil de commentaires de documents figurés.
  • Xavier Raufer. Atlas de l’Islam radical. Paris, CNRS Éditions, 400 p.; peu de cartes, mais de longues analyses de l’islamisme comme activisme politique et non comme quête spirituelle.
  • Le grand atlas de l’histoire des régions de France. Issy-les-Moulineaux, Éd. Glénat, 2001, 360 p., richement illustré, mais dépourvu de cartes.
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Pour le moment, peu d’atlas historiques sont disponibles sous forme informatisée et interactive; mais on peut prévoir le développement de cette formule.

Les atlas historiques sont donc des compagnons ordinaires et indispensables de l’exploration historienne; les usagers doivent aller les consulter pour la plupart à la cartothèque, car seul un petit échantillon est maintenu parmi les ouvrages de référence générale. Malgré leurs mérites certains, ils ne peuvent cependant pas rendre à eux seuls tous les services désirables pour clarifier l’insertion spatiale des phénomènes historiques. À un niveau plus avancé, il faudra compter aussi sur deux autres groupes de publications savantes :

Compléments aux atlas pour clarifier l’insertion spatiale des phénomènes historiques
  • les usuels de géographie historique, qui ont vocation à présenter et commenter les variations historiques dans l’espace, tels ceux de :
    Norman J. G. POUNDS, An Historical Geography of Europe. Cambridge, Cambridge University Press, 1990, XIII-484 p.
    Xavier de PLANHOL, Géographie historique de la France. Paris, Fayard, 1988, 635 p.
    Stéphane SINCLAIR, Atlas de géographie historique de la France et de la Gaule : de la conquête césarienne à nos jours. Paris, SEDES, 1985, 260 p.
  • beaucoup de publications d’historiens – à commencer par les manuels et les encyclopédies – qui contiennent parfois leur propre cartographie.
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Une autre limitation inhérente aux atlas historiques tient à leur mode d’expression : comment représenter le mouvement (changement historique) à l’aide d’un moyen de communication statique (support imprimé) ? Les auteurs d’atlas s’y emploient de leur mieux en maniant plages colorées, flèches, dégradés, zébrures et autres symboles graphiques, conformément à une grammaire visuelle codifiée par des manuels classiques.

L’utilisation de feuillets plastiques transparents superposables à des cartes imprimées est peu fréquente, à cause de ses coûts excessifs.

Exemples d’utilisation de feuillets plastiques transparents
  • Encyclopaedia on World History. World History, Perspectives on the Past, Maps and Chart Transparencies. Hengelo (NL), 1994, 2 vol.
  • Engel, Josef dir., Grosser historischer Weltatlas. I- Vorgeschichte und Altertum ou III- Neuzeit. Munich, Bayerischer Schulbuch-Verlag, 3e éd. augm. 1958 et 1967 respectivement.
  • Schwartzberg, Joseph E. dir. A Historical Atlas of South Asia. New York/Oxford, 2e éd. 1992, XXXIX-378 p.
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Une cartographie dynamique commence cependant à se répandre dans les atlas historiques en ligne. Les atlas historiques imprimés ne peuvent évidemment pas multiplier les cartes pour illustrer les moindres variations dans la durée; mais le Web permet de diversifier les conditions d’accès à la cartographie historique :

  • soit en présentant des atlas traditionnels, transposés numériquement, comme l’Historical Atlas of Canada;
  • soit en élaborant des atlas directement conçus pour une présentation informatisée, comme l’Atlas du Québec et de ses régions, qui offre des cartes animées;
  • soit sous la forme de crypto-atlas numérique, abrité à l’intérieur d’une autre publication informatisée : Christos NÜSSLI, « The DIR and ORB Ancient and Medieval Atlas », inclus dans De imperatoribus romanis. An Online Encyclopedia of Roman Emperors, 1999; une carte par siècle, de l’an 1 à 1500 de notre ère.

Contrairement à la situation qui prévaut encore assez généralement dans les publications à caractère encyclopédique (sauf celles qui concernent directement le XXe siècle), les atlas historiques s’ouvrent assez largement sur l’histoire mondiale, même pour les périodes anciennes.

Comme toute publication, même sérieuse, un atlas historique peut être conçu à partir d’un biais particulier; par exemple, l’atlas publié par le journal Le Monde diplomatique : Benoît Bréville et alii dir., L’atlas histoire. Histoire critique du XXe siècle. Paris, Vuibert, 2011, 103 p.; avec une perspective critique sur la démocratie libérale et le capitalisme mondialisé. Une vigilance constante s’impose donc.

Épilogue

Recourir à des atlas historiques pour améliorer la connaissance d’un phénomène ou d’un processus historique, c’est bien; utiliser soi-même les ressources du graphisme pour appuyer une argumentation historienne personnelle, c’est mieux. Au-delà de l’étape de formation initiale, le moment viendra de fabriquer sur mesure une cartographie bien ajustée à une recherche documentaire donnée. Des éditeurs y ont pensé, qui offrent des dossiers cartographiques de base, fonds de carte à compléter selon les besoins d’une démonstration particulière.

Publications imprimées qui relèvent de cette logique
  • Outline Map Series. Waterloo (Ontario), 1984.
  • BOSSON, Luc et Michel BARBE. Atlas de cartes muettes. Bruxelles, 1992, 104p.
  • DAMIAN, Raymond. Atlas pédagogique de cartes muettes et semi-muettes. Cégep de Saint-Laurent, 1982.
  • GREENWALD, Martin. Historical Maps on File. New York, 1984.
  • WALKER, H.J. Outline Maps for World Human Geography. Louisiana State University, 1964.
  • Africa Today. A Reproducible Atlas. Littleton (Mass.), 2e éd. 1994, 202p.
  • Asia Today. An Atlas of Reproducible Pages. Wellesley (Mass.), 1991, 156p.
  • Atlas de cartes muettes de l’Amérique du Nord, du Canada et du Québec, Sainte-Foy, 1984, 46f.
  • Europe Today. An Atlas of Reproducible Pages. Wellesley (Mass.), 2e éd. 1993.
  • Latin America Today. An Atlas of Reproducible Pages. Wellesley (Mass.), 3eéd. 1992.
  • The Middle East Today. An Atlas of Reproducible Pages. Wellesley (Mass.), 2eéd. 1993.
  • The United States Today. An Atlas of Reproducible Pages. Wellesley (Mass.), 1990.
  • Ancient World Mapping Center (University of South Carolina at Chapel Hill), Antiquity À-la-Carte (2013): http://awmc.unc.edu/wordpress/free-maps .
  • Académie Aix-Marseille, Histoire, géographie et éducation civique : http://histgeo.ac-aix-marseille.fr/carto/index.htm .
  • Plus de 117,000 fonds de cartes en haute définition, pour toutes les parties du monde, à http://d-maps.com
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« Toute carte — et à plus forte raison tout atlas — n’est jamais rien d’autre qu’une forme de représentation, et donc d’argumentation. » (Sanjay SUBRABMANYAM, Préface à Arundhati VIRMANI, Atlas historique de l’Inde. Du VIe au XXIe siècle. Paris, Autrement, 2012, p. 6.)